L’hypersensibilité n’est pas qu’émotionnelle ; l’hypersensibilité sensorielle existe bel et bien

Pendant des années, j’ai cru que j’étais hypersensible ; point, à la ligne.

En effet, quand on entend parler d’hypersensibilité dans les journaux, sur Internet ou ailleurs, les gens en parlent de façon globale. Quand j’étais adolescente, un ami m’a dit que j’étais hypersensible au vu de la façon dont je réagissais aux évènements de ma vie, notamment. Je m’étais renseignée brièvement et j’en avais conclu qu’il avait raison. Au fil du temps, j’ai pris conscience que, si je réagissais assez fortement émotionnellement à certains évènements, mon hypersensibilité ne s’arrêtait pas là. Elle touchait aussi mes cinq sens. J’ai toujours cru que c’était « normal », que c’était un lot, que ça allait avec l’hypersensibilité des émotions. Mais non, je viens d’apprendre qu’il s’agit d’hypersensibilité sensorielle et que c’est une autre forme d’hypersensibilité. Mais voilà, on peut être hypersensible émotionnel et / ou sensoriel. Ça dépend des gens !

Cependant, afin d’être plus précise dans l’utilisation des mots, je parlerai plutôt d’hypersensorialité car le mot sensibilité est effectivement plus adapté aux émotions qu’aux sensations ; sensorialité est donc plus approprié. Si le préfixe « hyper‐ » peut gêner certaines personnes, pour ma part, je le trouve approprié car l’idée du « trop » est bien présente dans la façon dont je le vis. Les autres appellations que l’on peut retrouver par ailleurs, hyperesthésie sensorielle et allodynie mécanique sont liées à la douleur mais elles ne me semblent pas forcément toujours très justes car toutes mes hypersensations ne sont pas que douleur ; même si c’est ce qu’on retient le plus.

Et, parce qu’on a tendance à ne pas me croire ou à être étonné·e quand je signale mes hypersensations, parce qu’on me regarde comme si j’étais folle quand j’ai mon nez dans mon écharpe, parce qu’on minore toujours ce que je ressens, parce qu’on croit que je mens, parce qu’on ne me comprend pas, parce que ces comportements et réactions des autres à mon égard sont très pesantes au quotidien, je me suis dit qu’il serait bien que j’explique ce que je vis et comment je le vis. Ainsi, chacun et chacune sera mieux armé·e de connaissances pour mieux vivre ensemble.

Cet article est très personnel et les personnes hypersensorielles ne vivent sans doute pas toutes la même chose de la même façon. En revanche, j’espère quand même pouvoir aider à faire comprendre ce que c’est et, éventuellement, permettre aux spectateurs et spectatrices de ces comportements de mieux les appréhender, de mieux y réagir.

J’espère aussi que ce que je dis n’est pas à côté de la plaque et que ça aidera peut‐être quelques personnes à se trouver aussi et à trouver des solutions pour elles.

À la découverte de l’hypersensorialité

Avant que j’aie connaissance de l’hypersensorialité, j’ai lu beaucoup de gens qui disaient que l’hypersensibilité n’est pas une faiblesse mais une force. Ça m’a beaucoup fait culpabiliser parce que, pour ma part, je la vis comme un réel handicap social et sensoriel. Ça m’est vraiment très pénible au quotidien et les relations humaines peuvent être très complexifiées par ça.

J’ai été suivie par une psychologue, il y a quelques temps, à qui j’ai expliqué que j’étais hypersensible et que mon hypersensibilité, aux odeurs notamment, déclenchait régulièrement chez moi de l’irritabilité. Elle me disait que j’allais finir aigrie. Ça ne m’a pas vraiment aidée, bien sûr. J’ai fini par arrêter de la voir à force qu’elle me dise vous êtes super mais vous allez finir aigrie. Ce n’est pas trop ce qu’on attend d’un·e psychologue. Ça m’en a fait une de plus qui me dégoûte des psychologues. C’était comme si elle n’y croyait pas, comme si elle pensait que je pouvais faire un effort pour ne pas ressentir les choses si fort parce qu’en réalité, ce n’était que mon imagination. Pour elle, face à une situation gênante sensoriellement, je n’avais qu’à m’en éloigner. Facile ! (Non !)

J’ai également pu croiser la route d’une dentiste avec qui j’ai évoqué mes problèmes de sensibilité de mes dents au froid, au chaud et au sucre. J’ai eu droit aux radios pour vérifier que je n’avais pas de carie. Et puis, comme il n’y avait rien, elle s’est tournée vers mon conjoint pour lui demander : elle serait pas un peu hypocondriaque votre copine ?. Après de multiples essais, j’ai fini par trouver moi‐même un dentifrice pour dents sensibles qui me convient à 95% ; les douleurs sont bien moins présentes et bien moins fortes… Soyons clairs, si autant de dentifrices pour dents sensibles existent, c’est sans doute pour une bonne raison et que je n’invente rien. C’est ce qu’on appelle l’hyperesthésie dentinaire.

Mais voilà, récemment, j’ai découvert un site très très intéressant qui évoque les problèmes que peuvent rencontrer les jeunes à l’adolescence ; problèmes qui ne sont pas forcément une crise d’ado : ÉPSYKOI. C’est là que j’ai découvert qu’il existait des psychologues spécialisés dans différents domaines et aussi dans différentes approches et, notamment, les Thérapies Comportementales et Cognitives (TCC).

Avec bien du mal, j’ai fini par avoir un rendez‐vous avec une psychologue spécialisée dans les TCC. Sa bienveillance, son absence de jugement, les exercices qu’elle trouve et adapte pour m’aider dans ce que je vis au quotidien m’ont fait voir les suivis psychologiques d’un autre œil. Et c’est là que j’ai entendu parler d’hypersensibilité sensorielle pour la première fois. Grande découverte pour moi : il existe une hypersensibilité émotionnelle et une hypersensibilité sensorielle, ou plutôt une hypersensorialité. Je n’avais jamais entendu parler d’hypersensibilité avec un qualificatif au bout. Je me suis donc davantage renseignée ; j’ai même demandé à une personne qui se disait hypersensible si son hypersensibilité était aussi sensorielle. Elle ne connaissait pas ce terme non plus. Évidemment, personne n’en parle quand on parle d’hypersensibilité !

J’ai trouvé assez peu de lectures sur le sujet.

Plus j’y pense et plus je me rends compte à quel point j’ai été incomprise au sujet de mon hypersensorialité par les personnes qui m’entouraient ou qui m’entourent. Par exemple, à l’anniversaire de mes 6 ans, on avait fait des jeux en rondes où il fallait s’asseoir dans l’herbe. Quand je signalais que je ne pouvais pas m’asseoir parce que ça piquait, on me disait oooh mais non ça pique pas !. Ça piquait. J’étais peut‐être la seule à le sentir à ce point mais ça piquait. J’ai passé alors tout le temps du jeu assise sur un ballon ou accroupie pour ne pas toucher l’herbe avec ma peau.

On m’a forcée à manger des choses que je n’aimais pas. Je me souviens d’une crise pour ne pas manger une endive crue. Je me souviens avoir vomi dans mon sommeil des moules marinières qu’on m’avait forcée à manger alors que je disais qu’elles n’étaient pas comme d’habitude et avaient un goût bizarre : mais non, elles sont normales

On disait que j’étais « difficile », que je n’aimais rien. Aujourd’hui, pour simplifier les explications, il m’arrive toujours de dire que je suis difficile. En réalité, c’est plus complexe que ça.

Bref, j’ai passé toute ma vie à me faire dire que je suis une chochotte, difficile, chiante, bizarre et que j’en fais trop, que je fais des manières, que j’exagère… Personne ne s’est dit que mes sensations étaient peut‐être réelles, que ça me gênait vraiment à un point qui était inimaginable pour elles et eux.

Quels impacts sur la vie quotidienne ?

Évidemment, comme vous avez pu le comprendre, les impacts au quotidien ne sont pas neutres. Ça peut être positif comme négatif. Les plus handicapants sont, bien sûr, les impacts négatifs. J’ai donc une exacerbation des cinq sens (ouïe, goût, odorat, vue, toucher). Cela peut déclencher, notamment, des sentiments d’inconfort, de mal‐être voire de colère ou, au contraire, d’apaisement, de joie selon les cas.

L’ouïe

Du côté de l’ouïe, il y a des bruits, des sons qui sont désagréables et deviennent insupportables comme les crissements, les grincements, les alarmes, les bruits de mastication (ce qui s’apparente à la misophonie ici), les cris, les sifflements des chargeurs branchés sur le secteur… Les bruits répétitifs peuvent devenir une source de stress, d’anxiété dans certains contextes (un tic‐tac d’horloge ou de montre, les personnes qui tapent du pied ou des mains ou font tressauter leur jambe à répétition).

Il peut également être très difficile de suivre une conversation dans un environnement bruyant. Par exemple, j’ai organisé des rencontres entre professionnel·le·s du web dans des bars nantais pendant plus de 4 ans et, au début, ça allait à peu près car nous étions peu nombreux. Au bout d’un moment, le nombre d’inscrits a grimpé jusqu’à atteindre plus de 60 personnes (sans compter les autres clients des bars). Je n’arrivais alors plus du tout à suivre les conversations ; je les entendais par bribes, je parlais peu, je ne profitais plus. J’ai donc fini par ne plus aller voir que les personnes que je connaissais car il m’était plus facile de me concentrer sur des voix connues ; jusqu’à prendre la décision d’arrêter l’évènement, en partie car je n’arrivais plus à avoir le plaisir d’y aller et donc de l’organiser.

On fera cependant la distinction entre le fait d’avoir l’ouïe sensible et le fait d’avoir une bonne audition. L’un ne signifie pas l’autre. Visiblement, mon audition n’est pas parfaite et j’ai perdu un peu ; pour autant, cela ne m’empêche pas d’avoir l’ouïe sensible et de remarquer des sons que d’autres ne remarquent pas mais peuvent entendre.

Le goût

Le goût est sans doute le sens qui m’a donné le plus de fil à retordre depuis mon enfance car il est incompréhensible pour les autres personnes que je sois « si difficile ». On m’a dit des choses comme ohlala, faudrait pas venir manger chez toi. Ça fatigue les gens de trouver un restaurant quand je dois manger avec eux car il y a un certain nombre de facteurs à prendre en compte et ça restreint les choix possibles.

Tout ce qui a un goût trop prononcé qui ne soit pas « doux » peut potentiellement poser problème (la plupart des fromages, certaines viandes comme le mouton…), ainsi que tout ce qui est « piquant » (de la mayonnaise à base de moutarde au piment, en passant par le poivre voire même les poivrons). On ne pourra pas dire que c’est ce qui est « épicé » que je ne peux pas manger car je n’ai aucun problème avec les épices douces, par exemple. Je découvre de plus en plus qu’il en existe des mélanges qui sont tout à fait délicieux et, quoiqu’on en dise, un plat n’a pas besoin d’être piquant pour avoir du goût. Bien sûr, je ne peux faire confiance à personne pour savoir si un plat est piquant car je me suis faite avoir tant de fois : ça ne semble pas piquer pour des personnes « lambdas » car elles sont habituées à un certain niveau de piquant et ne le sentent même plus ou, on n’a tout simplement pas la même échelle ou bien, elles n’y prêtent pas attention et sont persuadées que ça ne pique pas.

J’ai mangé dans quelques restaurants qui mettent du poivre dans leurs plats sans que ce soit indiqué sur la carte. Il m’est arrivé – très rarement car je déteste le gaspillage – de renvoyer des assiettes immangeables pour moi à cause du poivre. Dans la plupart des cas, j’arrive à enlever la partie touchée de mon plat pour manger le reste. Dans un restaurant où tous les plats sont cuisinés au poivre, j’ai osé demander s’ils pouvaient indiquer qu’il y a du poivre dans tous leurs plats. Quand on ne le sait pas et que ce n’est pas tellement habituel, il n’est pas évident de penser à demander qu’on veut un plat sans poivre. La personne a compris et bien réagi ; j’espère que cela sera suivi d’effet.

Évidemment, dans les buffets avec amuse‐bouches, il y a rarement de petites étiquettes indiquant les ingrédients donc c’est un très gros traquenard pour moi. J’essaye de faire goûter aux autres personnes et de leur demander ce que c’est avant de goûter moi‐même. Des fois, je tente et souvent, à regret. C’est très déplorable pour les personnes allergiques également ; ça peut s’avérer très dangereux.

L’odorat

Elle est chiante, elle supporte pas la cigarette !

Vous reconnaîtrez aisément ici la parole d’un fumeur ou d’une fumeuse. Belle présentation de ma personne à une autre lorsque je me mets à tousser et à m’éloigner, n’en pouvant plus de respirer cette odeur infâme et nocive. Les personnes sensées savent bien que, normalement, ce n’est pas aux personnes gênées par la cigarette (ou autre truc fumant) de s’éloigner. Les personnes réalistes savent bien que, de toutes façons, les personnes insensées n’en ont rien à faire. Elles sont toutes puissantes. On s’éloigne, elles ne comprennent pas, et parfois s’en offusquent carrément.

Ces trucs fumants (cigarette, cigare, joints, encens, etc.) me prennent à la gorge et piquent mon nez et ma gorge. Oui, c’est vraiment insupportable.

Bien sûr, il en va de même avec plein d’autres odeurs piquantes comme le parfum, les déodorants alcoolisés, certaines épices justement piquantes, les odeurs trop artificielles, etc.

Les odeurs écœurantes donnent également du fil à retordre à mon odorat. Par exemple, les centres commerciaux sont un joli combo d’odeurs entre le rayon saucisson, l’odeur des frigos, les gens qui cocottent, les gens qui sentent la sueur et le passage souvent inévitable devant un magasin de cosmétique bien trop odorant ; on ne sait plus où donner du nez ! On n’oubliera pas non plus les douloureuses expériences dans les transports en commun et dans les rues de Paris…

Certaines odeurs de produits nocifs / toxiques comme certaines peintures peuvent faire aller jusqu’aux saignements de nez.

Heureusement, certaines odeurs peuvent avoir plutôt un effet inverse : rassurant, enivrant car elles sont plus douces comme la vanille, le chocolat, certaines lessives, le thé…

La vue

Certains effets visuels sont insupportables pour mes yeux et me gênent fortement sans que je sois capable d’expliquer distinctement l’effet produit.

C’est le cas, par exemple, des effets de flash et des lumières stroboscopiques qui agressent mes pupilles au point que je ne puisse plus regarder. J’évite donc les expositions d’œuvres avec des effets de lumières clignotantes ; celles qui posent généralement un problème aux personnes épileptiques. Je ne suis pas épileptique donc, heureusement pour moi, ça ne déclenche pas de crise.

De même, les couleurs vives en trop grande quantité produisent cet effet. Certains sites web old school sont invisitables à moins de faire un très gros effort, qui ne dure pas longtemps. Peindre des murs en blanc, être dans une pièce totalement blanche ou subir une luminosité du soleil trop importante ont tendance à me donner le tournis.

Mais, à l’inverse, certaines couleurs ou combinaisons de couleurs pourront être apaisantes. J’ai découvert ça récemment et, par exemple, sur le site du Parlement Écossais, si j’active le mode « faible contraste » (low contrast) qui est en fait plutôt un mode « luminosité faible », le site me paraît beaucoup plus agréable à visiter.

Le toucher

Le toucher est un sens plus particulier. Autant pour les autres sens, on peut essayer de les atténuer, autant pour celui‐là, c’est mission impossible ; à moins, peut‐être, de se barricader de vêtements de façon à même pouvoir foncer dans un mur comme dans une publicité bien connue qui dit à quoi ça sert d’avoir des vêtements si on peut rien faire dedans. Et encore.

Les choses qui effleurent la peau, qu’elles soient piquantes ou non, sont difficiles à supporter : l’air, un cheveu sous un t‐shirt, une étiquette… Une tape sur l’épaule et je la sens au plus profond de moi ; et ça fait mal, vraiment.

Certaines textures sont également terriblement désagréables comme la laine voire même, en bouche, la langue de bœuf ou les poires.

Heureusement, il existe beaucoup de textures toutes douces qui font se sentir mieux.

Par ailleurs, sentir l’air, les variations de température et d’humidité ne fait pas forcément partie de ce sens mais voilà que je me mouche et éternue sans arrêt, peu importe la saison dès que je sens une variation, un courant d’air.

Alors avec tout ça, j’ai souvent une sensibilité accrue aux détails. Je vais plus facilement remarquer certains changements ou certaines choses étonnantes. C’est finalement assez pratique même si ça donne un peu de fil à retordre, parfois.

Toute cette hypersensoralité est a priori liée à un fonctionnement différent du cerveau et, c’est très fatiguant car il ne filtre pas les stimuli qu’il reçoit. J’ai toujours besoin de dormir mes 10 heures par nuit même si c’est très difficile à tenir chaque jour ; il faut se coucher tôt et ne pas se lever trop tôt !

Les personnes hypersensorielles ne ressentent visiblement pas les choses de la même façon que la plupart des gens. Les sensations sont ressenties plus fortement et c’est une réalité. Elle ne correspond pas forcément à ce que chacun et chacune connaît mais cela ne donne le droit à personne de la nier.

Vidéo – La surcharge sensorielle : un clip pour sensibiliser à l’autisme

La vidéo « La surcharge sensorielle : un clip pour sensibiliser à l’autisme » illustre parfaitement ce qu’est de vivre avec une hypersensorialité. Elle n’aborde pas tous les sens mais elle est déjà un bon aperçu.

Note : j’ai dû fermer les yeux (effets de flash) et couper le son à certains moments (alors qu’il était déjà au plus bas) ; on ne peut malheureusement pas aussi bien se protéger dans la vraie vie !

Quelles solutions face à cet afflux d’hypersensations ?

Depuis que je suis petite, on me fait penser que tout le monde vit la même chose. Je fais donc d’énormes efforts pour tenir face à cet afflux d’hypersensations car on n’a de cesse de me dire mais non, c’est pas vrai. Depuis que j’ai pris connaissance et conscience de ce qu’implique l’hypersensorialité, j’essaye de mieux percevoir ce qui se passe. Et, je n’ai plus envie de faire autant d’efforts car c’est très fatiguant et que j’ai envie d’être moi.

Il faut donc que je trouve des moyens de compensation, de protection.

Les solutions seront principalement des moyens de protection de la personne hypersensorielle mais, si l’entourage a les moyens de rendre la vie plus facile, c’est tout à fait bienvenue. Et c’est pour ça aussi que j’écris cet article, pour que chacun et chacune puisse prendre conscience de cette réalité et agir s’il ou elle le peut. Il faut bien avoir conscience qu’une sur‐sollicitation des sens peut être vécue comme une véritable agression sensorielle. De plus, lorsqu’une personne hypersensorielle est fatiguée, ses sens seront souvent exacerbés à un niveau encore supérieur. Il est donc d’autant plus difficile de contenir ces réactions qui se transformeront bien souvent alors en colère.

Se protéger des agressions sensorielles

Je découvre avec la plus grande surprise que la meilleure solution qui s’est imposée à moi dernièrement est le télétravail. J’ai changé d’entreprise au mois de juin et cette nouvelle entreprise se trouve à Paris. Ne voulant pas quitter Nantes, je n’avais donc pas d’autre choix. J’appréhendais beaucoup, avant que ça n’arrive, d’être toujours seule chez moi pour travailler. Finalement, je me rends compte, après presque deux mois, que c’était sûrement la meilleure chose qui pouvait m’arriver.

Fini les open‐spaces géants et bruyants, les odeurs corporelles ou de parfum des personnes qui m’entourent, les odeurs de cigarette quand on ouvre la fenêtre parce qu’il fait trop chaud et que la climatisation gêne des personnes ou ne fonctionne tout simplement pas bien. Je gère la température, les ouvertures (fenêtres et volets) à ma convenance. Je ne suis plus envahie par les bruits et les odeurs. Fini les murs en béton brut déprimants et les néons. Fini les batailles de Nerf bruyantes. Et, fini les bises et serrages de mains tous les jours. Je vois mes collègues 2 à 3 jours par mois et je vois mes ami·e·s par ailleurs quand je me sens prête. N’y voyez aucune animosité envers qui que ce soit. Cela correspond juste mieux à mon fonctionnement. Et je me sens déjà beaucoup mieux.

Par ailleurs, depuis quelques temps, j’essaye de trouver des solutions pour les situations que je vis (que l’environnement soit maîtrisé ou non) afin de me protéger et d’éviter que ça ne déclenche des « sur‐réactions ». Quelques exemples et idées :

  • avoir toujours une écharpe ou un foulard pour pouvoir mettre le nez dedans en cas d’odeur gênante ;
  • avoir toujours des mouchoirs sur soi ;
  • changer de pièce pour s’isoler des bruits ;
  • demander qu’il ne soit pas mis de poivre dans mon plat dans chaque restaurant où je mange même si la majorité n’en utilise pas… C’est une habitude qui sera difficile à prendre et je vais encore une fois passer pour l’emmerdeuse de service si le restaurant n’utilise déjà pas de poivre ;
  • quand il faut choisir un restaurant, essayer de faire des propositions soi‐même afin d’être sûr·e qu’elles puissent convenir ;
  • avoir toujours ses lunettes de soleil avec soi ;
  • trouver et porter des vêtements et des chaussures confortables (molletonnées, moelleuses, avec semelle à mémoire de forme) ;
  • avoir une polaire toute douce pour le soir, surtout après des journées difficiles ;
  • trouver une solution pour se protéger des coutures des fermetures éclairs car, au lieu de mettre un bord de tissu ou de cuir pour protéger la peau, les industriels laissent la fermeture à nue, ce qui irrite très fortement la peau ;
  • filtrer les fins de paquets de céréales à la passoire pour éviter d’avoir à avaler les « poussières de céréales » à la fin du bol ;
  • etc.

Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir trouvé une psychologue bienveillante et j’imagine que le fait qu’elle soit spécialisée dans les TCC n’y est pas pour rien (ou bien c’est l’inverse). En effet, l’approche n’est pas la même que d’ordinaire.

Ce que je ressens est considéré comme réel, on ne va pas chercher à me changer parce que je suis comme ça et c’est tout. Mais, on cherche ensemble des solutions pour que je puisse mieux vivre, plus confortablement. Ça passera, par exemple, par le fait d’avoir constamment une écharpe ou un foulard avec moi pour pouvoir respirer dans des moments inconfortables pour mon odorat. On ne me trouvera pas moins bizarre mais je pourrais me protéger de ces agressions sensorielles a minima. Et si ça peut générer moins de colère au passage, c’est encore mieux.

Si des personnes hypersensorielles me lisent et, de leur côté, mettent en place d’autres solutions, je suis curieuse de les lire.

Aider les personnes hypersensorielles à se sentir mieux

Les solutions ne peuvent pas toutes venir des personnes hypersensorielles. Certaines choses sont imprévisibles pour elles ou comportent trop de risques. Il est possible de mettre en place certaines actions pour leur faciliter la vie.

Par exemple, en présence d’une personne hypersensorielle (et quand on le sait), il est possible d’éviter de crier, de claquer / jeter des choses, de faire tressauter sa jambe, de taper des pieds, d’essayer de manger la bouche fermée afin d’éviter bien des tensions.

Écrire sur une carte de restaurant qu’on utilise du poivre, que cette galette est au curry, que ce plat est pimenté, etc. ne coûte rien au restaurant et fera des heureux et des heureuses. Ce n’est pas parce que ce plat est toujours cuisiné comme ça qu’on est censé·e·s le savoir.

De même, mettre des étiquettes sur les assiettes d’amuse-bouches pour préciser les ingrédients sera un bénéfice non négligeable. D’ailleurs, préciser les ingrédients, peu importe la situation, peut servir à énormément de monde : les personnes hypersensorielles, les personnes allergiques, les personnes végétariennes ou végétaliennes, les personnes qui mangent halal…

Quant à l’odorat… difficile de demander aux gens de se laver, de mettre du déodorant, de ne pas mettre de parfum, de ne pas uriner dans la rue (ah si, ça, c’est interdit !)…

En revanche, ne pas fumer sous un abribus, ou à côté d’une fenêtre ou d’une porte relève du bon sens. Pourquoi serait‐ce à celles et ceux qui ne fument pas d’aller se mettre sous la pluie ou de s’éloigner ? Les personnes qui fument doivent veiller à ne pas incommoder les personnes alentours ; d’autant plus qu’ils s’y trouvent très souvent des enfants. C’est juste du savoir‐vivre.

Dans les expositions, il est généralement indiqué lorsqu’une œuvre n’est pas adaptée aux personnes épileptiques ; il s’agit d’une très bonne solution. En revanche, dans les concerts de musique, rien ne l’indique. Dans ce cas, mieux vaut ne pas utiliser des lumières stroboscopiques, par exemple. Non seulement, cela peut gêner des personnes hypersensorielles mais si une personne épileptique est présente dans le public, cela peut devenir très grave.

Quand on s’apprête à toucher une personne, mieux vaut, déjà, la connaître et ensuite, recueillir son consentement. Par exemple, on pourra dire : Tu as une bête dans les cheveux, tu veux que je te l’enlève ? ou encore, mon ancienne psychologue aurait pu me dire afin de faire resurgir des souvenirs en vous, j’aimerais vous tapoter les genoux. Êtes‐vous d’accord pour que j’utilise cette technique ?. J’aurais refusé car, en plus, ce désagrément ne peut avoir, pour moi, aucune incidence sur l’effet recherché mais, au lieu de ça, elle m’a forcée, j’ai serré les dents (ça se voit quand on serre les dents, non ?) et rien ne s’est passé d’autre en moi. Enfin, bien sûr, on ne tape pas les gens, même si c’est pour rigoler et que ça ne semble pas fort.

Enfin, le meilleur moyen d’aider ou de faciliter les choses à des personnes hypersensorielles est de prendre conscience que ce n’est pas parce qu’on ne ressent pas une émotion ou une sensation en particulier lors d’un évènement particulier que cette émotion ou cette sensation ne peut pas être ressentie par une autre personne que soi.

Il faut que chacun et chacune comprenne que contester ce qu’une autre personne ressent n’a aucun sens et est totalement illégitime. Qui sommes‐nous, qui êtes‐vous pour juger les ressentis des autres ? Quel intérêt y aurait‐il à mentir à ce sujet ? Pourquoi ne pas croire ce qu’on nous ou vous dit ? Ça dépasse notre, votre entendement à nous, vous mais tout ce qu’on ne comprend pas n’est pas forcément irréel. Ces informations doivent être prises en considération pour mieux vivre ensemble.

Bref, n’ayons pas peur de la différence et respectons‐nous les uns et les unes les autres.
Un grand merci à toutes celles et ceux qui font des efforts depuis longtemps ou depuis quelques temps ou même depuis maintenant, merci !

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