Écriture inclusive au point médian et accessibilité : avançons vers des solutions

L’écriture inclusive désigne les différentes pratiques d’écriture destinées à inclure autant les femmes que les hommes dans les écrits. On n’écrit plus majoritairement au masculin mais de façon égale au masculin et au féminin. Ces pratiques devraient normalement permettre que les personnes non-binaires puissent également s’y retrouver.

L’accessibilité ici évoquée concerne quant à elle les personnes handicapées. Il s’agit de leur rendre possible l’accès aux contenus et services quelle que soit la façon ou les conditions dans lesquelles elles y accèdent.

Un débat écriture inclusive (et surtout point médian ; ce qui ne concerne pas l’entièreté de l’écriture inclusive) et accessibilité aux personnes handicapées a eu lieu sur Twitter récemment. Il y a des personnes qui ne sont pas du tout contre l’écriture inclusive mais tout simplement contre l’usage du point médian (ou tout autre caractère utilisé pour inclure la terminaison féminine dans un mot initialement au masculin) parce qu’il pose des difficultés de lecture. Il y a aussi des personnes qui sont complètement contre l’écriture inclusive. Ce genre de débats a lieu régulièrement ; ce n’est pas du tout une première.

Mais cette fois-ci, des personnes, dont je fais partie, ont eu envie d’essayer de trouver des solutions avec toutes les personnes concernées pour que tout ceci ne soit plus un problème pour personne. Il y a même eu une proposition, via Twitter, de faire un atelier pendant l’évènement A11y Paris 2020. Globalement, et à mon grand étonnement, il y a eu, pour le moment, peu d’intérêt dans les différents échanges à l’idée de trouver des solutions. Il y a même des messages, par ailleurs, qui montrent un refus catégorique de trouver des solutions ; ce que je suis bien incapable de comprendre.

Alors, j’avais envie d’expliquer mon point de vue plus en détails pour essayer de mieux faire comprendre pourquoi, à mon avis, l’écriture inclusive est nécessaire, pourquoi bannir la technique du point médian n’est pas forcément la solution (ni une possibilité réelle) et donc, pourquoi il serait intéressant de réfléchir ensemble au sujet.

Sommaire de l’article :

Le besoin d’écriture inclusive et le poids des mots

On nous a appris, depuis fort fort longtemps, que le masculin l’emporterait sur le féminin, que certains mots masculins n’auraient pas de version féminine. Cela pose problème. En tant que femme, quand je vois une offre d’emploi où on recherche un intégrateur web ou un consultant en accessibilité, je ne me sens pas concernée. Même si on ajoute le fameux « H/F » à la fin. Quand une personne adresse une question publique en l’écrivant tout au masculin, je ne me sens pas légitime à répondre parce que ça ne m’est visiblement pas adressé. Quand on dit les « Droits de l’Homme et du citoyen », doit-on comprendre que les femmes et citoyennes ne sont pas concernées ? Au départ, quand ce titre a été écrit comme ça, c’était effectivement le cas. Aujourd’hui ça ne l’est plus ; alors, on a ajouté un « H » majuscule au mot « homme » et on s’est dit « problème résolu ». Non. Ce n’est pas logique.

Je ne vais pas m’étendre plus sur le sujet, vous pouvez en lire plus dans les articles suivants :

Et parlons du poids des mots autrement puisque je parle ici d’écriture inclusive et d’accessibilité aux personnes handicapées, parlons du combat contre le validisme où, justement, on se bat pour que les mots soient employés correctement. On se bat pour qu’on ne dise pas que notre Président est sourd mais plutôt qu’il refuse d’entendre ou d’écouter. On se bat pour qu’on n’emploie plus le mot « autiste » comme insulte à la place de… Oui, à la place de quoi ? Je ne sais pas. Cela s’appuie sur des préjugés que les gens ont sur l’autisme. Ces mots blessent les personnes sourdes ou autistes.

Les mots ont donc bien du poids. Pour vous en convaincre, vous pouvez aussi lire 1984 de George Orwell.

Il s’agit donc d’employer les bons mots dans tous les cas pour ne pas blesser, pour ne pas exclure mais pour inclure, pour que toutes les personnes puissent se sentir concernées, acceptées.

Mes règles personnelles d’écriture inclusive

Personnellement et probablement comme beaucoup de monde, j’ai pris conscience de l’exclusion que génère nos règles de français assez tard. Quand j’en ai pris conscience, je me suis vraiment demandée pourquoi on avait pris toutes ces règles illogiques au pied de la lettre. Tout simplement, on nous apprend ça quand on est encore dans l’enfance et que nos cerveaux sont malléables. Je ne me souviens pas si je me suis déjà, enfant, posée des questions sur la règle du masculin qui l’emporte sur le féminin. Je me souviens juste de ma maîtresse de CP qui m’a littéralement tiré les oreilles très fort parce que j’avais fait des fautes à ma dictée. Je crois qu’il n’y avait pas de place pour l’interrogation et la contestation des règles. C’était comme ça, un point c’est tout.

Aujourd’hui, je suis adulte et j’ai bien l’intention de remettre en question les règles d’écriture qui me semblent illogiques. Je suis libre. Libre, oui, mais à condition, autant que possible, de ne pas créer de réels problèmes aux personnes qui me liraient.

Pour moi, quand on écrit de façon inclusive (donc pour inclure les femmes ou encore les personnes non-binaires dans nos discours), cela doit se faire de façon lisible et compréhensible. J’ai essayé l’écriture inclusive au point médian avec toutes sortes de mots. Je me suis rendue compte que certains mots sont rendus vraiment difficiles à lire de cette façon (y compris pour moi-même) notamment quand la terminaison est vraiment différente comme pour intégrateur et intégratrice, curieux et curieuse, etc.

Par conséquent, dans ma tête, je me suis créé des règles personnelles pour l’écriture inclusive et je sais que je ne suis pas la seule. Les voici :

1. Formules épicènes ou englobantes

Pour faciliter certaines écritures de phrases, les formules épicènes (mots s’utilisant aussi bien au masculin qu’au féminin sans que sa forme ne varie) ou les formules englobantes (mots génériques pour désigner un groupe de personnes) sont pratiques.

  • Exemples de mots épicènes : élève, adulte, bénévole, analyste…
  • Exemples de formules englobantes : l’équipe de développement, les personnes malvoyantes, tout le monde…

Cependant, les mots épicènes ne permettent pas de s’abstenir des règles d’accords. Les mots « élève », « adulte », « bénévole », « collègue » sont épicènes mais s’emploient avec accord au masculin « un élève attentif » et au féminin « une élève attentive ».

Les formules englobantes seront souvent bien plus faciles à utiliser. Si on dit « l’équipe de développement » au lieu de « les développeurs et développeuses », « les personnes malvoyantes » au lieu de « les malvoyants et malvoyantes », on aura juste à accorder tous les verbes au féminin avec les mots « équipe » et « personne » qui sont féminins. Par exemple, on pourra dire « L’équipe de développement est sérieuse » au lieu de :

  • « Les développeurs et développeuses sont sérieux et sérieuses. » (écriture détaillée) ;
  • « Les développeurs et développeuses sont sérieuses. » (accord de proximité) ;
  • « Les développeurs et développeuses sont sérieux·euses. » (abréviation inclusive avec point médian qui n’est, selon moi, pas une bonne idée ici).

2. Écriture détaillée : détail de la forme masculine et féminine d’un mot

L’écriture détaillée est évidemment une option même si cela peut compliquer certains accords au participe passé (dans ce cas, voir le point suivant sur l’accord de proximité). On écrit alors le mot au masculin et le mot au féminin. On peut varier entre une forme détaillée et une formule englobante dans un même texte selon les cas d’usage.

Exemples : les développeurs et développeuses, les intégrateurs et intégratrices, les consultants et consultantes…

Vous pourrez ajouter à cela une règle qui est de ranger les mots masculins et féminins par ordre alphabétique dans la phrase (exemple : « les consultantes et consultants »). Je n’applique pas encore cette règle, je mets le féminin ou le masculin d’abord en fonction de la façon dont ça vient dans ma tête mais c’est aussi une règle intéressante.

3. Accord de proximité

Voilà justement une solution pour régler les difficultés à accorder les formules détaillées : l’accord de proximité. Il permettra d’éviter le recours à une écriture trop lourde (les développeurs bienveillants et les développeuses bienveillantes), ou le recours au point médian (les développeurs et développeuses bienveillant·e·s).

On accorde alors les adjectifs, adverbes, participes passés avec le sujet le plus proche du mot à accorder au lieu de faire emporter le masculin sur le féminin. Sachez que l’usage de l’accord de proximité n’est pas nouveau.

Exemples : les différents acteurs et actrices, les développeurs et développeuses bienveillantes…

En revanche, pour les mots épicènes employés au pluriel, cela ne fonctionnera pas. Faut-il dire et écrire « les élèves bienveillants » ou « les élèves bienveillantes » ? Si on écrit le premier, on peut penser qu’on ne parle que des élèves garçons et si on écrit le deuxième, on peut penser qu’on ne parle que des élèves filles. Une piste ici serait l’usage du point médian. Voyons cela dans le chapitre suivant.

Il existe également l’accord de la majorité que je n’ai pas encore eu le loisir d’utiliser où l’accord se ferait finalement selon la majorité, à condition de savoir la définir explicitement. Pour une phrase où il est question de cent femmes et deux hommes, on accorderait alors au féminin et non au masculin car les hommes sont en minorité.

4. Abréviation inclusive : le point médian (·), en dernier recours

Le point médian, ou point milieu, est un signe typographique qui peut permettre de séparer les terminaisons masculines et féminines pour n’utiliser qu’un seul mot. Il y a une incompréhension à comprendre ce qu’est le point médian car certaines personnes en parlent en utilisant pourtant le point de fin de phrase. Le point médian est un point qui arrive verticalement au milieu des lettres et non pas en bas. Le point classique indique la fin d’une phrase et cela en fait donc un caractère non approprié. Ainsi, on écrirait donc plutôt « ami·e·s » que « ami.e.s ».

Je vous conseille cet article où l’autrice s’est penchée sur la question de trouver le meilleur caractère pour les abréviations inclusives : « Féminiser au point médian ».

Ma règle est de n’utiliser les abréviations inclusives qu’en dernier recours, de préférence uniquement pour les « e » afin que cela ne rende pas la lecture trop complexe.

Et justement, cela peut être une solution pour l’accord avec les mots épicènes dont je parlais dans le paragraphe sur l’accord de proximité. On peut écrire «  les élèves bienveillant·e·s » ou on peut aussi, il est vrai dans ce cas, écrire « les élèves bienveillants et bienveillantes » ; ce qui évitera le recours aux points médians.

En revanche, lorsqu’il s’agit de mots qui se prononcent pareil mais ne s’écrivent pas pareil au féminin et au masculin, selon moi, il n’est pas logique de détailler les deux mots car cela alourdit et complexifie la lecture. Par exemple, si on écrit « les analystes enjoués et enjouées » ou « les architectes nés et nées après les années 1960 », cela ne me semble pas logique et pas forcément plus simple à lire que « les analystes enjoué·e·s ». C’est mon avis. On m’a proposé d’écrire « les analystes enjouées (femmes et hommes) » mais cela génère également une écriture plus complexe et, on oublie là les personnes non-binaires.

Par ailleurs, parfois, l’espace d’écriture est limité pour différentes raisons et il peut être bien compliqué voire impossible de détailler tous les mots.

À savoir : c’est uniquement l’utilisation de ce point médian (ou autre caractère) qui pose problème d’un point de vue de l’accessibilité pour les personnes handicapées. Les autres méthodes d’écriture inclusive dont j’ai parlé précédemment, ne sont pas du tout problématiques.

Le point médian et l’accessibilité : problèmes et solutions ?

Quels problèmes ?

L’utilisation du point médian (ou autre caractère) est décriée pour des raisons d’accessibilité car certains lecteurs d’écran, utilisés notamment par les personnes aveugles pour lire le contenu présent à l’écran, le vocalisent. D’autre part, cela fait une coupure dans le mot. Par exemple, si j’écris « participant·e·s » :

  • le lecteur d’écran NVDA lit : « participant e s » ;
  • le lecteur d’écran JAWS lit : « participant point e point s » ;
  • le lecteur d’écran VoiceOver lit : « participant point médian e point médian s ».

Notez bien que la vocalisation par les lecteurs d’écran évolue. Il me semble bien qu’il y a quelques temps, VoiceOver ne restituait pas le point médian alors que c’est désormais le cas. Il se peut donc que NVDA finisse par le vocaliser à un moment donné.

Il y a aussi l’autre raison que j’évoquais plus haut : si on écrit les mots à terminaisons très différentes au masculin et au féminin au format abréviation inclusive (exemple : « développeur·euse » – écriture proposée par le Manuel d’écriture inclusive de l’agence Mots-Clés), cela rend la lecture plus complexe pour les personnes ayant déjà des difficultés de lecture et sans doute même quand on n’a pas de difficulté particulière au départ. C’est pourquoi, personnellement, je préfère ne pas écrire ces mots-là avec des points médians mais en détaillant les deux mots : « développeur ou développeuse ».

Quand je l’utilise, j’essaye de limiter son utilisation aux lettres « e » qu’on ajoute au féminin. Mais, il est possible qu’utiliser le point médian même uniquement pour les « e » pose aussi des problèmes de lecture y compris en dehors des personnes utilisant des lecteurs d’écran.

Quelles solutions ?

Il y a déjà des personnes qui ont réfléchi au sujet et on voit quelques initiatives mais il n’y a rien de vraiment tranché pour le moment, à ma connaissance. C’est pourquoi faire un atelier avec nombre de personnes concernées (personnes utilisant les lecteurs d’écran, personnes avec des handicaps cognitifs telle que la dyslexie ou des handicaps mentaux, femmes, personnes non binaires…) me paraît important. Les pratiques d’écriture inclusive avec point médian (ou autre caractère) ne vont, à mon avis, pas s’arrêter du jour au lendemain peu importe la sensibilisation que l’on pourra faire (on le voit bien sur d’autres sujets) et elles sont bien plus vieilles qu’on peut le penser. En effet, bien avant de parler de point médian, on voyait beaucoup de textes avec les terminaisons féminines des mots entre parenthèses (exemple : « né(e) »). Les langues évoluent toujours avec le temps et les usages et il est normal de les remettre en question.

On y parle parfois d’utiliser la balise HTML pour les abréviations <abbr> pour donner le détail de l’abréviation inclusive, d’utiliser une balise <span aria-hidden="true"> pour masquer les points médians aux lecteurs d’écran, etc. Ces solutions ne sont aujourd’hui pas optimales car la balise <abbr> a un support variable pour les lecteurs d’écran (dû à son attribut title – voici un article en anglais qui explique ça), l’utilisation d’une balise <span> (ou autre) coupant un mot peut parfois réellement couper le mot (comme c’est le cas avec VoiceOver où il faut forcer la suite de la lecture après chaque coupure) et donc, finalement, ne pas faciliter la lecture du texte.

Cela ne veut pas dire que c’est mauvais ; ce sont des pistes intéressantes que l’on pourrait tout à fait étudier, probablement améliorer en les rendant plus robustes et certainement tester en détails.

Des scripts pour retirer les abréviations inclusives ?

Frédéric Halna avait commencé à travailler sur le sujet du masquage, pour les lecteurs d’écran uniquement, des terminaisons féminines avec point médian avec un petit script installable dans son navigateur via Greasemonkey.

J’ai, par ailleurs, trouvé sur le web cette initiative prometteuse appelée LÉIA (L’Écriture Inclusive Accessible) actuellement en cours de développement par Ann Mezurat. Elle me semble très intéressante puisque son objectif est de pouvoir choisir sur tous les sites web entre afficher la forme masculine ou féminine des mots ou les deux en détails. Ainsi, on ne supprime pas forcément l’écriture inclusive mais seulement les abréviations inclusives. La modification est appliquée visuellement ; aussi cela peut concerner les personnes utilisant un lecteur d’écran et toutes les autres personnes qui auraient des difficultés à lire les abréviations inclusives. Je pense là aux personnes qui ont des handicaps cognitifs tels que la dyslexie ou encore des handicaps mentaux ou bien aux personnes qui ont tout simplement des difficultés à lire ou comprendre le français.

La solution est en cours de développement. Lorsque j’ai publié l’article, le 6 mai 2019, elle n’existait qu’en version de test dans une page web. À ce jour, le 31 mai 2019, Ann a déjà bien avancé au développement de l’extension LÉIA pour Firefox qui est dores et déjà installable. Vous pouvez suivre l’état d’avancement directement sur le Github du projet.

À l’heure où j’écris, les options suivantes sont disponibles :

  • Choix du mode de lecture inclusive : il existe trois options qui réécrivent les textes de façon visible pour tout le monde et permettent de supprimer l’usage du point médian.
    • Mots lus aux deux genres ;
    • Mots lus au féminin uniquement ;
    • Mots lus au masculin uniquement.
  • Dictionnaire de saisie prédictive en écriture inclusive : pour permettre d’écrire plus facilement de façon inclusive dans un champ texte.
  • Raccourci clavier pour l’insertion d’un point médian : ajout du raccourci ; + ; pour écrire facilement le point médian ;
  • Styliser les terminaisons inclusives : il s’agit d’une option permettant de mettre en évidence la terminaison inclusive au point médian sans pour autant la désactiver et ainsi faciliter la lecture. On peut choisir une couleur de fond et une couleur de texte ou encore de la mettre en gras et / ou souligné. Après échange avec Ann, j’ai appris qu’il s’agit d’une demande de personnes dyslexiques.

Pour les utilisateurs et utilisatrices de lecteurs d’écran, on pourrait imaginer que ce soit disponible en tant qu’extension pour les différents lecteurs. Pour que cela fonctionne pour tout le monde, le développement des extensions de navigateurs est déjà en cours et va se prolonger avec pour objectif d’en créer une version pour Chrome et une pour Opera.

Pour ce faire, Ann a besoin d’aide et on peut l’aider de différentes façons : par des dons ou par une aide au développement des extensions pour navigateurs et lecteurs d’écran, par exemple. N’hésitez pas à prendre contact !

Vers le genre neutre ?

On m’a aussi soulevé la possibilité d’utiliser un genre neutre. Il y a quelques initiatives des personnes justement non-binaires pour qu’on parle d’elles de façon neutre.

En français, il n’existe pas de genre neutre, mais certaines personnes utilisent le pronom indéfini « on » ou les formes pronominales néologiques « iels », « illes », « iel », « ul », « ol » ou encore « ele ».

Source : Wikipedia

Cependant, il restera toujours à régler la question des accords d’adjectifs, d’adverbes, du participe passé.

On ne peut pas dire non plus que le masculin deviendra la forme neutre puisque c’est ce qu’on essaye déjà de nous faire croire depuis le 17e siècle et c’est bien le fond du problème.

En cherchant une liste de noms de métiers épicènes, je suis tombée sur un site qui propose de réfléchir à la création de noms de métiers épicènes pour ceux qui ne le sont pas. Je trouve cela intéressant même si, pour l’instant, cela ne semble pas aboutir quelque part.

En effet, si on veut s’orienter vers la création d’un genre neutre, il faudrait alors réinventer de nombreux mots pour qu’ils soient épicènes et surtout neutres. Ce n’est pas une mince affaire.

J’ai justement découvert, après différents échanges au sujet de cet article (voir dans les commentaires), le travail d’Alpheratz et notamment ce superbe article que je vous invite à lire : Nommer, c’est exister : Alpheratz et le troisième genre (merci Boris !). J’ai du mal à adhérer à toutes les formes choisies mais cela amène des réflexions sur la création d’un genre neutre et en montre aussi la complexité et surtout la nécessité.

On y réfléchit ensemble ?

Mes propos sur Twitter ont été interprétés de travers par certaines personnes. Je me suis peut-être mal exprimée sur ce réseau social aux messages courts donc je souhaite clarifier ma position.

On m’a accusée de n’en avoir rien à faire des retours des utilisateurs et utilisatrices à propos du point médian. C’est très mal me connaître, d’une part. D’autre part, ce n’est pas du tout le cas puisque l’idée est justement de trouver des solutions pour résoudre le problème pour lequel les personnes utilisatrices de lecteur d’écran sont gênées afin qu’elles ne le soient plus. Les abréviations inclusives se retrouvent dans de nombreux écrits et, plutôt que de continuer à râler en boucle sur ces usages qu’il sera parfois difficile de faire changer, il serait intéressant de se pencher sur la recherche de solutions de contournement pour les utilisateurs et utilisatrices. J’espère vous avoir montré que c’est possible.

J’ai également évoqué le besoin de réfléchir à des normes d’usage de l’écriture inclusive et notamment des abréviations inclusives avec l’accessibilité en tête puisque, pour l’instant, il y a toujours des cas où je ne vois pas comment on peut s’en passer sans alourdir inutilement la lecture (le cas des mots qui se prononcent pareil mais ne s’écrivent pas pareil au féminin et au masculin ou encore des espaces restreints en nombre de caractères).

Pour obtenir l’inclusion, il ne suffit pas de bonnes intentions en esprit pour que ça fonctionne. Nos esprits sont justement formatés de longue date par de nombreux préjugés que nous avons besoin d’abolir. La langue a évidemment un rôle à jouer là-dedans. Se battre pour que la langue inclue tout le monde n’est pas un faux combat ; l’Académie Française l’a bien compris lorsqu’elle a interdit certains noms de métiers au féminin. À ce sujet, vous pouvez lire les articles :

Finalement, nous avons donc :

  • un besoin qui est d’inclure les femmes et personnes non-binaires dans nos discours et, notamment ici, dans nos écrits ;
  • et un problème pour certaines personnes handicapées qui est posé par une des techniques répondant à ce besoin d’écriture inclusive.

Il s’agirait alors de trouver des solutions viables et robustes pour les différents usages que l’on rencontre aujourd’hui dans les écrits.

Bref, à mon avis, cela vaut le coup de se pencher sur le sujet tous et toutes ensemble, mais pas sur Twitter qui n’est définitivement pas un « lieu » approprié pour débattre et échanger correctement. La proposition de Frédéric de monter un atelier tient toujours.

7 commentaires… Et vous, qu'en pensez-vous ?

  1. Article très complet et très clair pour un sujet controversé mais nécessaire pour faciliter la lecture, et la compréhension donc l’inclusion des personnes concernées.
    Le format du débat est à réfléchir aussi pour faire avancer les choses, contenter, ne pas frustrer les gens qui voudront y participer.

    Merci pour ta prise de conscience, tes interrogations, ton ouverture… pour ce que tu es !

  2. Merci d’avoir cité mon modeste guide perso. Depuis son écriture, je me suis surpris à utiliser de manière naturelle les formes combinées des noms genrés en « eur »/« ice ». Par exemple, cela ne me choque pas de lire ou d’écrire « les organisateurices ». Reste bien sûr que c’est difficile à décorer d’un adjectif puisqu’il nous manque toujours un genre neutre, mais je pense que c’est aussi bien restituer par un dispositif spécial que par un œil qui lit : c’est difficile à lire la première fois, et puis on s’y fait.

  3. À savoir : c’est uniquement l’utilisation de ce point médian (ou autre caractère) qui pose problème d’un point de vue de l’accessibilité pour les personnes handicapées. Les autres méthodes d’écriture inclusive dont j’ai parlé précédemment, ne sont pas du tout problématiques.

    Je crois que la réponse est là-dedans.

    Perso, je suis 100% pour l’écriture inclusive mais absolument pas fan du point médian (pour les raisons que tu as évoquées, entre autres). Sans vouloir ruiner l’ambiance, s’il faut :

    • utiliser une syntaxe particulière donnée (mettons dans le code)
    • et/ou envisager une surcouche
    • et/ou adapter des logiciels

    Je me dis que c’est très mal barré. Cela fait trois barrières potentielles – et pas des moindres, qui plus est… excluantes et pyramidales (ça implique les personnes qui produisent du contenu et les personnes qui les consultent, et que tout fonctionne ensemble, sans compter d’autres effets de bord).

    Si cette écriture dite inclusive est autant exclusive, c’est quand même un comble ^^

    J’y vois une analogie avec le web : il est accessible de base, à nous de ne pas le rendre inaccessible. L’écriture peut être inclusive de base.

    Autant essayer de parler de manière épicène autrement. Perso, j’aimerais plutôt voir des initiatives à enrichir/varier notre vocabulaire (j’utilise par exemple plus le mot « personne », qui est épicène, que tu as mentionné dans tes exemples). Y a d’autres exemples ?

  4. Merci pour vos retours.

    J’ai également reçu un retour par un autre biais dans lequel on m’a partagé les ressources suivantes qui pourraient aussi vous intéresser :

  5. Tiens, justement, j’allais te proposer cet article qui parle d’Alpheratz dans Simonæ. Les formes inclusives choisies ne m’emballent pas mais c’est une question de culture et je suis certain qu’après un moment, on s’y fait.

    P.S. : tant qu’on parle de facilité de lecture, je suis assez gêné par le fond de la page. Je trouve que le « grain » me rend la lecture du texte plus difficile.

  6. Wouah, merci ! Superbe lecture ! Je vais ajouter cette référence dans mon article. Il y a des formes neutres qui me semblent bien et d’autres qui me gênent car je les trouve complexes et assez éloignées des formes que l’on connait. Il y a sans doute une question d’habitude mais je ne suis pas sûre que ça y fasse pour tout. Ça donne à réfléchir en tout cas.

    P.S. de réponse : je suis à 100% d’accord avec toi. Le fond de page derrière le texte fait partie des nombreuses (et prochaines !) choses que je dois améliorer sur ce site. Merci pour ton retour. Je vais essayer d’y travailler dans pas trop longtemps.

  7. Bonjour,

    Bravo pour ce tour d’horizon !

    En effet, la langue française n’interdit pas le féminin, donc usons-en ;-)
    Les épicènes, les collectifs et tous les contournements élégants me permettent depuis 20 ans de proposer à ma clientèle des traductions en français qui contournent le masculin générique sans utiliser le point médian ni aucun autre marqueur typographique (qui ne sont que l’abréviation de doublet).

    Cf. mon dictionnaire des synonymes et termes proches épicènes (et les articles en ligne sur mon site) http://www.translature.com.

    Bien cordialement,
    Isabelle MEURVILLE

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